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Itinéraire
d'un apprenti sourcier

Contre
toute attente, je me suis découvert un jour le réflexe de trouver de
l'eau. Le "don" comme le croient certains.
Contre toute
attente, car je suis le parfait produit d'une éducation scientifique,
le genre de sceptique naturel qui ne croit que la preuve démontrée par
A+B. Dès lors, quel ne fût pas mon étonnement de sentir un jour
tourner les baguettes dans mes mains ! C’était pour moi comme une
révolution intense…
Habitant la
région toulousaine, issu d'une famille d'agriculteurs de père en fils,
je me suis naturellement tourné vers des études agricoles : BTA et BTS.
La voie "normale" pour être embauché dans une des nombreuses multinationales
agro-alimentaires présentes dans la région. Désillusion profonde fasse aux
emplois précaires à répétition et à une politique agricole productiviste
irrespectueuse de l'environnement. Résultat : un désenchanté de plus.
Optant pour un
métier lié à l'eau et à l'environnement, mon état d'esprit s'en trouva
profondément modifié.
Je compris que
l'eau était un bien vital fragile et non une marchandise, comme semble
le croire certain.
Mon père
pratiquait l'irrigation du maïs sur son exploitation, et il faisait
appel parfois à un vieux sourcier pour trouver de l'eau et forer un
puits. Bien que cela me laissât quelque peu dubitatif, je considérai
au début cela comme du hasard ou de la chance, c'est tout. Quelques
années plus tard, mon comparse Rémy me reparla du phénomène sourcier
et me montra la réaction des baguettes entre ses mains, avec toujours
la même indifférence profonde de ma part. Mais, persuasif, il réussit
tout de même à semer une petite graine d'intérêt dans mon esprit, et
un jour je tentai l'expérience, mais sans succès, toujours persuadé
d'une supercherie.
En 1999, un
voisin décide de creuser un nouveau puits et de faire venir un
sourcier reconnu pour trouver de l'eau sur une parcelle nouvellement
achetée. Je suis présent au rendez-vous.
Point de vieux sourcier, c'est un homme d'une quarantaine d'années qui
me serre fortement la main, genre citadin, calme et silencieux,
originaire d'un département voisin du Tarn et Garonne.
Il saisit son
pendule et arpente la parcelle. Son pendule tourne continuellement
dans le sens des aiguilles d'une montre avec une forte intensité de
temps à autre. Le sourcier prend alors les baguettes en Y et sans mot
dire reprend son cheminement. A certains endroits, la baguette se lève
et décrit un tour complet. Mon étonnement devient de plus en plus
marqué…
Sur un
cheminement sans réaction, il pivote brusquement et refait le chemin
en sens inverse. Sa baguette se lève et ses bras tremblent
violemment !
- Je suis à contre courant ! lâche-t-il soudain.
Mon malaise
grandit. Mais qu'est ce que c'est que ce cirque ? pensais-je.
Le sourcier
saisit à nouveau des baguettes en forme de L et recommence son
cheminement.
Les baguettes se croisaient de temps à autre et je n'y comprenais plus
rien.
L’homme stoppe
enfin ses investigations et dit :
- Vous avez de
nombreuses veines d'eau qui traversent votre parcelle. Il y a de l'eau
partout sous nos pieds !
Et il se mit à décrire les veines d'eau, les croisements et invita mon
voisin à planter des piquets pour les visualiser sur le terrain. Puis
il indique l'endroit idéal pour creuser le puits : juste au dessus
d'un croisement de veine.
Et la sentence
tombe:
- Une première veine se trouve à huit mètres, mais elle n'est pas très
productive. Il vous faudra descendre jusqu'à treize mètres où il y
aura beaucoup plus d'eau ! Dites au puisatier de venir avec du gros
matériel. Il y a une bonne épaisseur de marne dure à traverser avant
d'atteindre la veine.
Comment cet
homme pouvait-il savoir tout cela ? Vraiment surprenant ! Dans mon
métier, seuls des appareils électroniques ont une telle précision, et
encore…
On commence
alors à discuter du phénomène sourcier et de son expérience en la
matière puis il me quitte non sans me glisser :
- Essayez et persévérez. Ca viendra peu à peu, vous verrez ! Il faut
pratiquer mais c'est humainement enrichissant.
Quelques
semaines plus tard, le puisatier entreprend son forage : artillerie
lourde, foreuse sur chenilles et 6X8 pour le transport des buses.
La parcelle du voisin ressemble aux tranchées de 14-18. Le forage
commence par de l'argile sur un mètre suivi d'une marne altérée et
marne dure jusqu'à huit mètres. Enfin les premières traces d'humidité
dans des sables rouilles sur un mètre, puis la foreuse rencontre à
nouveau de la marne dure jusqu'à douze mètres. Enfin voici la veine
promise à treize mètres, et de l'eau, de l'eau…
Le forage continue et stoppe sur une nouvelle couche de marne à
dix-sept mètres. Il y a maintenant un horizon de sable de quatre
mètres de hauteur et 2,50 mètres d'eau à la fin du forage.
Le puisatier hoche la tête et dit :
- Il y a vraiment de l'eau ! une veine comme celle-là, c'est rare dans
le secteur !
(extrait de « itinéraire
d’un apprenti sourcier »)
sourcier@club-internet.fr
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