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Un jour, alors que je préparais une toile, une présence subtile surgit à mes
côtés dans un éclair fulgurant.
Avant même que je n’eusse le temps de m’interroger sur l’identité de l’intrus,
une voix calme et profonde s’adressait à moi par télépathie.
L’inconnu se présenta. C’était Marc Chagall…
Je connaissais bien sûr la renommée de ce peintre mais je pensai de prime
abord qu’il s’agissait d’un imposteur tentant de se faire passer pour lui.
Plongée dans le doute, je décidai cependant de l’écouter. L’homme parlait
de façon posée et
familière. Un peu comme si nous nous connaissions de longue
date.
Quelques mots lui suffirent pour m’apprendre que sa vie tirait à sa fin et qu’il
allait quitter notre monde très bientôt.
Je me demandai à juste titre pourquoi un peintre comme Chagall - si c’était bien
lui – faisait ainsi irruption dans mon existence pour venir me révéler
son futur départ.
A l’époque je ne connaissais pratiquement rien de lui, ni de sa vie ni de son
œuvre. J’avais juste en mémoire quelques toiles célèbres aperçues ici et
là dans mes lectures où au hasard des pages de livres d’art. Je trouvais ses
œuvres jolies et attendrissantes mais un peu trop naïves pour mes goûts de
l'époque.
Jamais en tout cas je ne m’étais intéressée de très près à son art. Pour
ma part je dessinais et peignais en dilettante, plutôt pour satisfaire mes
Guides qui m’y incitaient.
En matière d’art, je fonctionne plutôt par coup de cœur. Parfois mon regard
accroche un joli dessin, une caricature amusante ou une image qui m’interpelle
mais sans plus. Et ma culture en ce domaine est plutôt limitée.
J’utilise aussi bien l’huile que l’acrylique mais j’ai un léger faible
pour la gouache, plus facile à utiliser selon moi.
A l’époque de mon premier contact avec Chagall je suivais des cours du soir
de peinture dans une académie bruxelloise et j’étais pratiquement la seule
à utiliser la gouache. Et j’étais aussi probablement la seule à posséder
un don médiumnique suffisamment développé pour capter aisément des peintres
de l’Au-delà !
Etaient-ce ces deux particularités qui guidèrent Chagall jusqu’à
moi ? C’est possible. J’appris plus tard qu'il adorait utiliser
la gouache vers la fin de sa vie.
Quoi qu’il en soit, lors de ce premier contact, Chagall s’éclipsa après
quelques minutes, me laissant plus perplexe que jamais sur le sens de sa visite.
Habituée depuis toujours aux contacts médiumniques impromptus, je n’y pensai
bientôt plus et reléguai cette aventure aux oubliettes de ma mémoire.
Huit jours plus tard cependant j’appris par les nouvelles que Chagall venait
de nous quitter. J’en fus toute remuée. Cela donnait soudainement plus de
crédibilité et de relief à cette fameuse première rencontre .
Mais Marc Chagall avait décidé de ne pas en rester là…
Quelques semaines plus tard, Chagall vint me rendre visite une nouvelle fois. Cette
fois dans son corps d’esprit, ou son corps astral détaché de son ancien lien
physique si vous préférez. Dégagé de cette enveloppe matérielle, il n’en
restait pas moins Chagall, avec la même passion des formes et des couleurs. Il
me le prouva bien par la suite.
Après m’avoir salué, il me proposa tout bonnement de peindre à
travers moi ! Et il avait déjà une petite idée en tête. Il voulait
peindre le rayonnement de notre terre !
N'osant refuser, je me mis à l’œuvre sans tarder. Et en deux temps, trois mouvements, il réalisa
deux petites peintures.
Cela ne lui avait pris qu’une vingtaine de minutes.
Une aura rougeâtre comme barbouillée de sang entourait notre globe semblant
donner une perspective peu réjouissante pour l’humanité.
A vrai dire, ces deux dessins me laissaient plutôt une impression de malaise et
en plus cela ne ressemblait pas à Chagall.
Je connaissais de lui ses peintures
d’anges et d’amoureux tendrement enlacés survolant les toits mais je n’avais
jamais rien vu de lui d'aussi franchement apocalyptique.
Le passage de vie à trépas l’avait-il remué à ce point ? J’eus
certes préféré qu’il me demande de peindre des anges. Cela collait beaucoup
plus avec ma sensibilité !
A cet instant j’eus envie de rompre notre contact car je recommençais à
douter de son identité. Il n’était finalement peut-être rien d’autre qu’un
de ces esprits farceurs ayant décidé de se jouer de moi.
Mais Chagall avait
suivi télépathiquement le fil de mes pensées et il s’expliqua sur ce choix
inattendu :
- Oui, en effet, l’aura de la terre souffre. C’est la première chose que j’ai
remarqué en me désincarnant. Je voudrais faire passer ce message de souffrance
pour laisser filtrer l’amour. Je comprends que ce projet te laisse perplexe.
Mais ne t’en fais pas. Et puis après tout ce n’est qu’un essai. Je pense que tu
serais un bon pinceau pour moi…
Puis il ajouta :
- Oh mais je dis cela pour rire ! Ecoute, demain vas chercher une grande
feuille à dessin. Je te promets une petite surprise.
- O.K. dis-je simplement, toujours un peu perplexe.
Un bref moment de silence s’installa alors entre nous mais il le fendit
bientôt pour graver de façon indélébile cette phrase dans ma mémoire :
- Là où je suis maintenant, me confia-t-il, c’est très beau. Vraiment très
beau…
Mes doutes quant à son identité finirent par s’estomper un peu. Intuitivement, je
sentais que c’était bien lui qui était venu jusqu’à moi. Mais en même
temps je me refusais d'y croire absolument.
Avait-il des dons médiumniques de son vivant ? Je l’ignore. Mais, bien
qu’il soit peu bavard lors de nos séances de peinture, je le captais sans
difficulté.
Quoi qu’il en soit, J’allai donc acheter une grande feuille de papier
Steinbach, intriguée maintenant par le résultat de notre future collaboration.
Chagall revint le lendemain en fin d’après-midi, comme prévu.
Sans plus attendre je m’installai devant ma belle feuille blanche. Mes petits
pots de gouache étaient déjà prêts.
Je me concentrai quelques instants afin de me détendre et de le laisser prendre
possession de ma main droite comme je le fais dans ces circonstances.
Il avait une drôle de façon de tenir mon pinceau. Il le tenait le poignet
cassé et le bout des doigts dirigé vers moi. Cela finissait toujours par me
donner des crampes. Mais il ne pouvait apparemment peindre autrement.
L’instant d’après ma main ne m’appartenait déjà plus. C’était la
sienne qui se déplaçait sur la feuille et peignait à ma place. Quelques
courbes multicolores jaillirent de mon pinceau. Un visage indistinct
apparut.
Un quart d'heure plus tard, un personnage à la chevelure bleue épaisse et vêtu
d'une cape rouge avait pris vie sur la feuille.
- On dirait un ange, fis-je.
Chagall ne répondit point à mon exclamation et continua l’ébauche de son projet
sans s’interrompre.
Un second personnage apparut ensuite.
Le peintre venait d’esquisser une jeune femme au visage vide vêtue d’une
robe de mariée dont la traîne tourbillonnante cachait le bas de ses jambes.
Elle était pâle, figée et recroquevillée sur elle-même. La pauvre semblait
plongée dans des abîmes intérieurs et l'on eût dit qu'elle s'efforçait de cacher
ses larmes.
Intriguée, je posais mentalement une question au Peintre.
- Qui est cette femme et quelle est l’histoire de cette peinture ?
- Cette peinture a une histoire en effet, me répondit Chagall. La tienne ! T’en
souviens-tu ?
Mais vous ne pouviez pas savoir, lui dis-je incrédule.
Bien des années auparavant, je m’étais en effet mariée avec un homme que je
n’aimais pas. C’était une décision prise à la hâte pour tenter d’oublier
une forte déception amoureuse. Mal m’en pris. Je regrettai très vite ce
mariage. Et rien que le jour de la cérémonie fut pour moi un des jours les plus sombres
de ma vie.
Sitôt fini, le pinceau retomba sur la table d'un coup sec. On était au beau milieu de la nuit. Il devait être deux ou trois heures du matin.
Ma main était raidie par une crampe mais le résultat en valait la peine et
l'oeuvre était bien empreinte de la marque de Chagall.
- L’ange que je viens de peindre m’a parlé, me dit-il. C’est lui qui m’a raconté
ton histoire. Mais ne t’en fais pas. Tout cela fait partie du passé maintenant.
Chagall changea alors de sujet.
- Tu vois, me dit-il, je cherchais une médium comme toi afin de tenter une
expérience de peinture automatique.
Je respirais la sérénité profonde de Marc Chagall. Je le sentais doux, d’agréable
compagnie et fermement résolu de partager avec moi sa créativité. Il avait
réussi à traverser le voile qui nous sépare et avait trouvé le chemin jusqu’à
moi.
Sans doute mes guides l’y avaient-ils autorisé. J’avais en tout cas
beaucoup de chance.
A vrai dire ce n’était pas la première fois que j’établissais un lien
avec un peintre de l’Au-delà. Car avant lui, je m’étais essayée quelques
fois déjà à la peinture automatique. J’avais été aidée alors par un
artiste que je ne connaissais pas et qui ne me révéla jamais son nom.
Peut-être faisait-il partie de ces légions d’artistes méconnus dont
certains ont pourtant du talent.
Lors de nos séances j’avais peint de petites cartes représentant de vagues
scènes symboliques et mystiques. Mon professeur d’académie de peinture les
trouvait originales et très réussies, ignorant bien sûr que j’étais
assistée par un artiste « descendu » du ciel. Mais poursuivons
notre histoire…
La peinture de l’Ange et de la mariée éplorée était maintenant achevée.
Cela m’avait pris plus d’une heure et je me sentais
vidée de toute mon énergie. Le résultat était très plaisant et portait
indéniablement l’empreinte du maître. Lui aussi semblait très satisfait.
Chagall s'éclipsa peu de temps après, mais je savais qu'il reviendrait. Et en
effet, il allait revenir souvent dans les années qui suivirent, notamment pour
réaliser les lames d’un tarot tout à fait
original dont vous pouvez voir sur cette page et la suivante quelques échantillons.
Avec le temps, il prit plus d’assurance dans sa nouvelle façon de s’exprimer et notre collaboration
fructueuse fonctionna à merveille. Il m'entendit pourtant rechigner souvent,
lorsque je ne voyais pas où il voulait en venir. Mais finalement le
résultat était toujours au rendez-vous, digne du génie du maître.
En général, Chagall n’aime pas recommencer une peinture. Il accepta cependant de
le faire pour moi une ou deux fois, lorsqu’il constata que je n’étais pas
vraiment satisfaite du résultat.
Il ne doit déjà pas être simple de peindre à travers la main d'un médium. Si
l'on ajoute à cela mes nombreuses remarques, je pense qu'avec moi Chagall a dû
acquérir la patience des Anges qu'il a si souvent peints !
En plus, le temps qui lui était alloué pour réaliser ce qu'il avait en tête
était très limité. Bravo donc, non seulement pour son travail, mais aussi pour
sa patience et son opiniâtreté...
Comme vous pouvez le voir, il se peignit lui-même pour représenter la carte de
la Mort !
Peut-être son intention était-elle de faire passer la vérité de la survie et
de la résurrection immédiate qui survient après notre trépas ou bien
était-ce un trait d’humour. Je ne lui ai jamais demandé.
Voilà en quelques mots résumée ma " liaison " avec
Chagall.
Après lui, d’autres artistes m’aidèrent à réaliser le portrait de mes
Guides de Lumière et illustrèrent le début d'un autre jeu de cartes.
Malheureusement, la peinture automatique m’épuise énormément et malgré les
encouragements de mes guides à poursuivre ce travail, je ne m’y adonne que
rarement ; peut-être est-ce également un manque d'ambition de ma part...
J’eus quelques fois aussi la visite de Vincent Van Gogh et je suis encore
régulièrement en contact médiumnique avec son frère Théo. Vous pouvez d’ailleurs
lire plus loin quelques messages reçus de lui.
Quoi qu’il en soit, si j’avais un peu plus d’énergie à ma disposition et
s’il ne me fallait pas chaque fois trois jours pour récupérer entièrement d’une
séance de peinture automatique, j’aurais probablement pu réaliser d’autres
choses étonnantes avec les peintres de l’Au-delà, à l’instar de la
médium Rosemary Brown qui fut longtemps en contact avec de grands compositeurs
de musique classique et leur servit d’intermédiaire pour créer de nouvelles
œuvres.
Je le regrette un peu. Mais il faut parfois faire des choix et jusqu’à
présent, j’ai toujours privilégié ma santé et mon énergie vitale à la
peinture automatique…
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