Ma mère ° peinture de Priya
 

Premier chapitre

Lorsque j'appelle mentalement un Guide, c'est parfois l'un, parfois l'autre qui répond à mon appel. C'est une question de disponibilité. J'ignore souvent en quoi consistent leurs missions mais je sais qu'elles les empêchent de venir à moi à tous moments.
Heureusement, lorsque l'un d'eux  n'est pas disponible, un autre s'efforce de prendre le relais et tente d'assumer son rôle "d'intérimaire" de la meilleure façon possible. Mais chaque Guide a sa façon bien personnelle de s'exprimer, et certains ont une telle "spécialité" qu'il est bien difficile de les remplacer.

Mes aides célestes ont donc bien d'autres choses à faire que de s'occuper en permanence de nos difficultés, même s'il garde toujours un oeil sur nous. Certains d'entre eux viennent pourtant assez régulièrement. D'autres plus rarement, ou uniquement pour des personnes de mon entourage. Parfois, Il leur arrive de disparaître de ma vue pendant des semaines, voire des mois. Puis, un beau jour, ils réapparaissent comme par enchantement alors que je ne les attendais pas !

Kheeb est sans conteste l'un de mes plus fidèles et plus anciens collaborateurs et il a pris la responsabilité de guider personnellement neuf personnes.
Parfois, il "descend" en compagnie de Gwartcha, son meilleur ami. C'est vrai qu'à eux deux, on peut dire qu'ils font la paire ! Pourtant leurs personnalités sembleraient antinomiques. Kheeb est un être doux, éthéré, poétique, très sensible alors que Gwartcha est considéré comme l'enfant terrible de l'astral ! Mais ils s'entendent formidablement bien et s'apprécient énormément.

La plupart de mes Guides de Lumière, sinon tous, ont vécu sur terre. Certains il y a très longtemps, notamment du temps de l'Atlantide. Tous sont des êtres réalisés, c'est-à-dire dégagés pour toujours de l'obligation de renaître sur terre. Mon canal médiumnique a toujours été protégé par eux et ils sont les seuls à pouvoir s'exprimer à travers moi d'une façon ou d'une autre. Ils peuvent néanmoins autoriser l'une ou l'autre entité de l'Au-delà à les accompagner ou donner le feu vert à quelqu'un qui a désiré venir jusqu'à moi pour des raisons bien précises. J'ai donc la chance, en tant que médium, de n'être harcelée par aucune entité astrale  indésirable.

Mes guides sont ce qu'on appelle communément des "anges gardiens". Mais ce vocable les fait sourire, car trop assimilé à d'antiques et désuètes représentations d'êtres célestes ailés. Car les anges, s'ils peuvent se mouvoir dans les airs sans difficulté, n'ont pas d'ailes bien entendu !
Mais venons-en au sujet de ce chapitre.

Depuis plusieurs mois, Kheeb m'incitait à suivre des cours de peinture artistique. Je ne sais ce qui trottait dans sa tête, mais il persistait dans cette idée. Il devait pourtant savoir que je n'avais l'âme ni d'un Rembrandt ni d'un Picasso. A l'école déjà, alors que tous mes camarades de classe se réjouissaient d'illustrer leur cahiers, moi, je considérais ça comme une sorte de corvée. Pourtant, je ne me débrouillais pas trop mal avec mes crayons. Mais le dessin n'était tout simplement pas mon dada, c'est tout.

Je me souviens qu'un jour en Suisse, alors que nous vivions à Ouchy et que j'avais quatorze ou quinze ans, on nous avait demandé au cours de dessin de réaliser à la gouache une petite affiche publicitaire. Le thème en était libre. Je pris donc mes petits pinceaux, une feuille bien blanche et m'appliquai à créer une illustration qui louait les succulents mérites d'un jus d'orange.
Sur ma feuille s'étalait un de ces gros fruits bien mûrs à la pulpe juteuse auquel j'accolai une fontaine au joli robinet de cuivre en forme de bec d'oiseau. En dessous, sur toute la largeur de la page, j'avais calligraphié en lettres capitales et de ma plus belle écriture : Jaffa, fraîcheur d'eau...
J'y avais vraiment mis tout mon coeur et toute mon énergie, et honnêtement l'oeuvre était plutôt réussie.
Mais m
on professeur, une maigrichonne quadragénaire et autoritaire, ne partageait pas cet avis. Pour elle, mon dessin était nul et sans intérêt. Elle ne se priva d'ailleurs pas de le clamer haut et fort devant toute la classe.
Vexée jusqu'à l'âme par cette injustice flagrante, je mijotai ma vengeance !

La semaine suivante, nous devions dessiner une scène foraine. C'était le moment de mettre mon malicieux projet à exécution...
Je barbouillai donc sur ma feuille une grande prairie bleu chapeautée d'un ciel vert pomme, avec au centre une grande roulotte écarlate aux roues carrées. Pour parfaire le tout, j' y ajoutai un garçonnet au teint maladif, affalé sur une vieille caisse en bois mauve!
N'ayons pas peur des mots : c'était affreux!
Cette fois, j'allais obtenir un zéro magistral, mais bien mérité cette fois !

Eh bien non, au contraire ! Mon illustre professeur vint roucouler d'extase devant ma création démente, levant ma feuille bien haut devant la classe médusée, la présentant comme un véritable chef-d'oeuvre.
Je me demandai sur le coup si elle ne se moquait pas de moi. Mais non. A ses yeux mon dessin était génial. D'ailleurs, elle l'accrocha en place d'honneur aux cimaises de la salle des bulletins où il trôna pendant deux ans! Comme quoi, les goûts et les couleurs ...

Mais revenons aux souhaits de mes guides. Suivant leurs conseils, je finis par m'inscrire à une école des beaux-arts proche de mon domicile. Il y en avait deux. La première se situait à Asse, dans le brabant flamand. J'entamai là l'apprentissage de l'aquarelle jusqu'à la fin de l'année scolaire. Rien de mémorable ne se passa à ces cours, aussi ne m'y attarderais-je point.
L'autre école se trouvait à Molenbeek-Saint-Jean, à vingt minutes en bus de mon domicile. Contrairement à l'école de Asse, on y donnait, deux soirs par semaine, des cours de peinture à l'huile, ce qui m'intéressait davantage. J'optai donc pour cet établissement dès la rentrée suivante.

Le bâtiment était vétuste. L'atelier de peinture, au parquet grinçant et vermoulu, perchait au troisième étage. Pour y accéder, on devait grimper un large escalier en colimaçon grevé d'une centaine de marches toutes plus creusées les unes que les autres. Et c'est sous un toit pentu, parmi une forêt de chevalets poussiéreux que je poursuivis mon dur apprentissage d'artiste peintre.
Une quarantaine d'élèves s'entassaient là pêle-mêle.

Dès les premiers froids, le concierge s'ingénia à ouvrir à fond les manettes des gros radiateurs en fonte. Dans cette chaleur d'enfer, les jeunes modèles qui gardaient la pose au cours de nu, ne risquaient certes pas de s'enrhumer !
Notre professeur, un grand gars un peu bohème, sosie craché d'Andy Warhol, dont les yeux délavés et les cheveux de paille ébouriffés faisaient penser qu'il sortait toujours du lit, s'engagea à mener à bien la délicate mission de nous instruire.
Théorie et techniques picturales diverses faisaient partie du programme.

Cette nouvelle année académique se déroula sans encombre. Je progressais à petit pas, commençant même à prendre goût à la peinture. Ce jeu de corps à corps avec la toile n'était finalement pas pour me déplaire. L'attention qu'il requérait était somme toute similaire à la concentration des exercices de yoga que je pratiquais chaque soir avant le coucher. De plus, l'ambiance feutrée de l'atelier, avec ses agréables senteurs de papier, de térébenthine, d'huile et de vernis me relaxait.

Mes oeuvres de jeunesse s'amoncelèrent donc peu à peu dans mon  salon qui devint un vrai repaire d'artiste un tantinet bohème. Ceci dit, je ne comprenais toujours pas pourquoi les guides m'avaient lancé dans cette voie. Jusque-là, ils étaient restés très évasifs à ce sujet. Quand je leur posais la question, ils m'exhortaient simplement à prendre patience : un beau jour, j'aurais la réponse.

C'est en effet peu après que je reçus un soir la visite astrale de Marc Chagall dont j'ai déjà parlé dans le chapitre " Dialogue avec Marc Chagall". C'était une semaine avant son décès. Le peintre vint alors m'avertir de son départ imminent pour l'autre monde, chose que j'ignorais.
Lorsqu'il revint - cette fois après son décès - il me proposa poliment de peindre à travers moi. Mais je pouvais refuser si je n'en avais pas envie. Il ne voulait en aucun cas me "forcer la main". Intriguée, j'acceptai néanmoins.
Le travail pouvait commencer...

 

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