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Second chapitre |
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Lorsque
j'eus réuni une feuille d'aquarelle, mes pinceaux et quelques
couleurs, je sentis très vite ma main se raidir, devenant à tel point
insensible qu'on eût pu y piquer une aiguille sans que j'en ressentisse
la moindre douleur. C'est à peine si j'éprouvais quelques picotements au
bout des doigts. Lors de mes séances de peinture
avec Chagall, concentration et silence étaient les maîtres mots
de nos rencontres. Que
Chagall fut avare de paroles ne m'étonna point. Il était,
paraît-il, déjà coutumier du fait de son "vivant"! En peu de temps,
jaillit sur ma toile une gerbe de couleurs flamboyantes. Un ciel torturé, en lutte avec un océan tumultueux émergea bientôt de cette explosion de couleurs. On
aurait dit un
fantastique déchaînement des forces de la nature. Et de l'enfant à la robe
de dentelle, il ne restait rien ! Elle venait d'être engloutie par un
déluge de couleurs! -Tu ne devines pas?
me répondit-on en français mais avec une pointe d'accent hollandais. Ignorant ma surprise,
le peintre me souffla sans attendre le titre de son oeuvre : " Et que
la lumière fût ". * * * Voici un autre
épisode de ma "carrière de peintre inspirée par l'Au-delà. Dès que mon tableau
fut un peu plus avancé, le professeur me conseilla de le présenter au concours de fin d'année
qui approchait à grands pas. Le tableau lui plaisait en effet beaucoup. Il me
vaudrait certainement une excellente note. En tout cas, c'est ce qu'il
estimait. Le lendemain, alors
que je m'appliquais au séchage, une voix vint soudain m'intimer d'un ton
péremptoire d'aller chercher un chiffon! - Frotte juste le côté gauche de la toile, me susurra la voix. Ne touche surtout pas au personnage. Je m'exécutai. Après
tout, on verrait bien. Un instant plus tard, stupéfaction ! Heureusement, tout se
passa bien. Mon professeur ne fit aucun commentaire sur cette ajoute. Bien que perplexe face à
la plupart de mes tableaux, il ne faisait d'habitude aucun commentaire. En tout cas, le jury du concours apprécia ma "japonaise christique" car il la couronna en lui octroyant une excellente note! * * * Un autre soir, alors que j'étais en train de lire paisiblement dans mon petit salon s'insinua dans mon oreille un long solo de violon de style classique. Cet air ne me disait rien, mais on ne peut pas tout connaître. Peut-être s'agissait-il tout simplement d'une musique descendue des sphères célestes ? Mais subitement, suite à l'écoute de cette mélodie, me vint une forte envie de peindre. Ne pouvant y résister,
je me jetai littéralement sur mon chevalet et me mis au travail. La musique s'arrêta, tandis que ma main se raidissait
déjà et plongeait dans
mes pots de peinture. Se dégagea rapidement un fond pastel multicolore,
puis le coup de pinceau
s'affina et ma main exécuta le contour et les traits d'un visage. Par un curieux
"hasard", alors que je faisais des courses en ville quelques semaines plus tard,
j'en
profitai pour passer chez un bouquiniste car, comme chacun sait, j'adore lire et farfouiller dans les bouquins. A peine
entrée dans la boutique, je me sentis comme aimantée par une revue
musicale posée devant moi. Je m'en emparai donc et la feuilletai rapidement, me demandant ce
qu'elle pouvait bien renfermer de si précieux. C'est alors que je tombai pile, au détour d'une page, sur la
réplique quasi exacte du visage de mon tableau, mais en plus jeune.
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