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Un saut dans la préhistoire
suite
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Un splendide lac rose |
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Nous avançâmes dans
la moiteur de la végétation, enveloppés par des miaulements aigus et des
cris rauques qui s'élevaient de la forêt profonde...
- C'est incroyable, dis-je. J'ignorais qu'il existait des forêts vierges dans
l'astral, et de surcroît qu'il pouvait y pleuvoir ! Toute cette végétation
humide, ces
arbres qui ruissellent, ces...
- Détrompe-toi, m'interrompit mon parrain. Il
ne pleut jamais ici.
- Mais ce sol mouillé, cette fange, ces marécages ? D'où provient alors toute
cette
humidité si ce n'est de pluies abondantes ?
- Eh bien, ces zones tropicales restent humides en permanence sans le secours
de la
pluie, par simple volonté de la nature, pourrait-on dire. Ici, bien mieux que
sur terre,
le biotope conserve un équilibre permanent, une stabilité immuable. La
flore et la faune s'y épanouissent ainsi dans les meilleures conditions.
Un peu plus loin, un splendide lac rose, aux reflets de jade et d'obsidienne,
s'étirait à
l'horizon. Et sur la surface de ce miroir chatoyant tanguaient les reflets moirés
d'un ciel
magnifique, strié d'or et d'argent.
Autour du lac, une longue écharpe de jolies fleurs roses aux feuilles pointues,
rougeâtres au dessous, vert émeraude au dessus, distillait un arôme délicat.
Cette féerie multicolore, étincelante, impressionniste à souhait, était
magnifique.
Jamais sur terre, il ne m'avait été donné d'admirer un paysage aussi grandiose.
Je n'arrêtais plus de tirer la manche de mon aïeul, pointant le doigt sur les
roches
acérées qui effleuraient les berges broussailleuses, sur les fougères
arborescentes, les nénuphars géants et les troncs noueux de palétuviers immenses dont les
racines allaient se perdre au fond du lac tranquille.
J'étais devenue Alice au pays des merveilles, plongée dans un univers magique
éclatant de couleur et de diversité !
Me revenait en mémoire le décor sauvage de mes années africaines : notre jardin, le repaire enfoui de
mes mygales, les gros rats noirs à
qui j'offrais un mouchoir rempli de petites boulettes de pain et de morceaux
de
fromage...
Tout à coup, un curieux
volatile déplumé, à la queue rase, aux ailes acérées et au long bec
pointu, ressemblant à une chauve-souris, lança vers nous un croassement
strident !
- Mais on dirait un oiseau préhistorique ! m'exclamais-je incrédule.
Mon étonnement ne faisait que commencer car apparut derrière lui, à travers le
feuillage, l'ombre d'un animal gigantesque antédiluvien !
Prise à froid, je ne pus m'empêcher de laisser s'échapper de mes lèvres un léger cri
d'effroi.
L'animal avançait vers nous, d'un pas lourd et cadencé, ébranlant le sol
de la forêt. Mais le géant s'immobilisa à la limite extrême de la forêt, au bord de
la lisière, à
un court jet de pierre de nous. Et c'était bien un dinosaure !
Un vénérable mastodonte préhistorique au long cou mobile et au dos planté d'un
chapelet d'os taillés en dents de scie ! L'animal reniflait bruyamment
tout en balançant sa queue
traînante, soulevant par saccades des brassées de feuilles humides!
Je revoyais les pages illustrées du gros livre offert par mon parrain,
celles qui contenaient les reconstitutions illustrées de l'animal! Mon
bougre d'aïeul venait de me projeter pour de vrai dans la préhistoire, de me
catapulter à
rebours dans le temps, de me faire faire un saut prodigieux et rétroactif de 150
ou 200
millions d'années !
J'en restai figée comme une statue de sel, la bouche pantelante, sans pouvoir
articuler le moindre mot.
Mon parrain, lui, ne bronchait pas.
Il restait de marbre, m'épiant de son oeil goguenard, se délectant de mon
étonnement et de mes
réactions dont il prenait un malin plaisir.
Enfin, après un
énorme rire, il me rassura, me certifiant que nous ne risquions
rien,
que ces animaux étaient on ne peut plus inoffensifs.
- Je t'expliquerai plus tard, ajouta-t-il. Mais viens, on n'est pas
encore au bout
du voyage...
Je dus me contenter de ces rudiments d'explications, car déjà mon
parrain s'enfonçait à nouveau dans la forêt moite qui semblait se
refermer derrière chacun de nos pas. L'humidité suintait du sol,
s'élevant en longues colonnes de vapeurs spiralées, luisant sur
l'écheveau tordu des branchages qui montait à
l'assaut de lianes épaisses comme des
cordages qui nous bouchaient l'horizon. Un tel décor eut fait délirer
d'enthousiasme le plus insatiable des touristes en mal de sensations
fortes ! Que cette sphère astrale était étrange !
De façon inexplicable,
l'air tropical surchauffé, ne m'incommodait nullement. Aucune goutte de
sueur ne perlait sur mon visage. J'avais au contraire l'impression de
profiter d'un bain d'ondes fluides, délicieusement tièdes un peu comme
si j'étais en train de faire une cure de fraîcheur au parfum de
chlorophylle.
Nous avançâmes ainsi, au coeur des broussailles dégoulinantes, pendant un temps
indéterminé au cours duquel j'eus le bonheur d'entrevoir d'autres magnifiques
spécimens de la faune préhistorique.
Certains animaux se reposaient à même le sol herbeux.
D'autres, le coup tendu, dressé sur leurs pattes postérieures, grappillaient le
feuillage
abondant de frondaisons haut perchées.
Il n'y avait en eux le moindre soupçon d'agressivité ni aucun souci de
protection territoriale.Mon aïeul ne
disait mot, se contentant simplement d'observer
mes
réactions. Mais bientôt, notre marche abandonna cette forêt humide et ma vue se
brouilla à nouveau.
Cet océan vert s'enveloppa d'une brume soudaine et un nouveau tourbillon
de lumière m'emmena jusqu'à une
vaste clairière couverte de hautes herbes blondes et de fleurs jaunes dorées.
Mon parrain me fit signe de le suivre.
Je n'avais pas peur. Mes craintes du début s'étaient muées en un
mélange de légèreté, de bien être, de totale insouciance. Cette
clairière ensoleillée fit place à un paysage plus rude, totalement
différent. Maintenant, de vastes plaines enneigées s'étendaient devant
nous. Ici, le sol était blanchâtre et rocailleux. Des touffes frileuses
d'herbes pâles encerclaient des bouts d'étangs gelés.
Au loin, s'élevaient de hautes montagnes
couvertes de mélèzes et d'épicéas. En ces lieux, la végétation semblait
s'être recroquevillée sous le puissant balayage d'un vent ravageur. A
certains endroits, la terre était fendue, comme écartelée par le gel
intense des longs mois d'hiver.
La toundra astrale s'étendait devant nos regards.
Non loin de nous, un groupe d'animaux gigantesques, aux longues défenses d'ivoire et au
pelage roux brunâtre avançaient mollement dans notre direction. Je reconnus sans peine les
mammouths. Décidément, l'univers astral de mon parrain me réservait des surprises de taille
!
Mon parrain s'avança vers
le premier d'entre eux. Je le suivis.Nous arrivâmes si près de lui que je pouvais entendre son souffle serré et que
j'eus
l'impression que sa grosse masse allait nous écraser.
Une idée saugrenue s'insinua dans ma tête : celle de m'avancer
encore un
peu et d'aller caresser l'animal !
Je me tournai vers mon guide, toujours impassible à mes côtés.
- Parrain, lui dis-je. Tu ne me croiras pas, mais j'aimerais beaucoup aller caresser ce
mammouth !
Contre toute attente, mon parrain ne sourcilla point. Mieux : il m'autorisait à
aller vers l'animal !
- La voie est libre, fit-il d'un ton naturel. Et
sache que tu ne risques absolument rien.
Décidément, dans l'astral, personne ne craignait personne !
Mon aïeul ajouta : "Je suppose que tu finiras par être convaincue qu'aucune créature astrale ne
peut faire
de mal à la moindre mouche. Tous ces soi-disant monstres sont plus dociles que
des
agneaux qui viennent de naître. Que dis-je ? plus " civilisés " que beaucoup
d'hommes
sur terre !"
- Mais que se passerait-il si, par mégarde, l'un d'entre eux marchait sur
moi?
Ma remarque lui arracha un rire heureux.
- Voyons ! S'il marchait sur toi, comme tu dis, ses pattes passeraient
simplement à
travers ton corps, sans aucun dommage - ni pour toi, ni pour lui. Tu
ressentirais juste
un léger picotement électrique te parcourir la peau.
Il n'existe aucune différence fondamentale entre l'homme et l'animal, du
moins au niveau éthérique. Le corps astral des animaux est composé de la même
substance que la nôtre et il bouillonne de la même énergie. Il n'y a donc aucun danger pour nos corps de s'interpénétrer,
et nul inconvénient, si ce
n'est ce léger frisson électrique dont je viens de te parler. Toutefois, chacun préfère éviter ce contact
par simple respect vibratoire.
Ceci
dit, caresser un animal est tout différent. Cela procure une sensation des
plus délicates. Rappelle-toi, tout à l'heure, lorsque nous nous sommes embrassés,
ce contact n'était-il pas agréable ?
Mon parrain eût pu ajouter C Q F D ! Avec moi, il retrouvait en effet ses vieilles habitudes de
pédagogue.
Tout de même, que l'on put avoir dans l'astral ce type de perceptions sensorielles
m'étonnait.
Mais puisque mon parrain me laissait carte blanche, pourquoi ne pas en profiter ?
Le mammouth me toisait d'un oeil rêveur comme s'il avait deviné mes
pensées, me dominant de sa haute taille et de ses deux grandes défenses
d'ivoire tournées vers le ciel.
Même si je ne risquais rien, il me fallait
tout de
même un sérieux brin de courage pour aller jusqu'à cet animal, tout
paisible et
débonnaire qu'il fût !
D'un autre côté, cette occasion unique ne se représenterait certainement pas de sitôt.
Imaginez : combien de fois dans une vie nous est-il offert l'occasion de
caresser un
mammouth ??? Et puis, il s'agissait de ne pas perdre la face devant mon
parrain...
Je fendis donc les herbes hautes jusqu'aux pieds de l'herbivore, où
plutôt, jusqu'à mi-hauteur de l'une de ses énormes pattes. Les autres mammouths
s'étaient dispersés comme pour nous laisser seuls en tête à tête...
Une brise fraîche, souple et légère comme un soupir, jouait avec la fourrure
brunâtre
de l'animal. D'un geste prudent, j'y plongeai ma main. Puis, enhardie par ce
premier pas, je l'enfonçai jusqu'à y engloutir tout mon avant-bras !
Les longs poils de laine épaisse chatouillaient doucement ma peau. La sensation
était tiède, veloutée, presque onctueuse. Cela me rassura, chassa mes dernières
craintes.
Le mammouth remuait à peine, comme retenu par la douceur de mes caresses.
Je dégageai ensuite la main de l'épais pelage de l'animal, presque à regret et fis demi-tour.
Mon parrain m'avait attendue allongé dans les herbes hautes.
- Comme c'est étrange, lui dis-je. Tous ces animaux ont disparu de la
surface
terrestre depuis des millions d'années. Comment se fait-il que ... ?
- Disparus ? coupa net mon parrain ; sur terre, oui, mais pas au paradis !
Pourquoi Dieu abandonneraient-ils si vite les fruits de sa généreuse
création ? Même si notre savoir reste imparfait, nous, les habitants de
l'astral, comprenons mieux que vous la gloire de Son univers. Tout être est immortel en essence, même l'insecte
le plus minuscule. A l'instar de
l'homme chacun poursuit inexorablement sa marche vers la lumière : l'herbe, la
rose, le chêne,
le lion, l'aigle, la sauterelle, la vague de l'océan, l'infime poussière
rose du corail...
L'homme ignore trop souvent cette réalité. Il déconsidère la toute puissance et
la
sagesse de son créateur. Ici, on réalise
davantage l'unicité de la vie et la valeur des lois divines.
Ses mots ressuscitaient mon enfance. Je me revoyais, la bouche barbouillée de
confiture, quand hissée sur ses genoux, je m'endormais bercée par ses récits
merveilleux.
- Toutes les créatures sont égales dans le coeur de Dieu. Même s'Il aime
confondre
l'homme à son image, ajouta encore mon parrain.
Je priai pour que ces paroles restent dans ma mémoire à mon retour, qu'elles
puissent distiller la même clarté, la même force.
Avant de nous séparer, je lui demandai s'il viendrait encore à ma rencontre.
Il ne me répondit pas, me faisant un simple signe de tête. Cela pouvait dire : oui,
peut-être,
qui sait, ou encore : à Dieu va ! Je compris que cela ne dépendait pas que de lui.
En tout cas, je n'eus pas l'occasion d'approfondir la question, ni même de
lui faire
mes adieux en bonne et due forme en l'embrassant sur la joue, car je replongeais
déjà dans mes trois dimensions terrestres.
J'ouvris bientôt les yeux sur le plafond laiteux de ma chambre, comme après un long
sommeil.
La nuit était claire et silencieuse, ma mémoire fraîche comme de la peinture neuve. A aucun prix, je n'eus
voulu
laisser filer la moindre bribe de cet incroyable séjour au paradis des animaux
préhistoriques.
Je me levai donc, un peu titubante, et me dirigeai vers ma table d'écriture.
J'ouvris mon cahier de note, pris mon stylo entre les doigts, et couchai
sur papier les lignes de ce récit.
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Les pages de Priya - Autobiographie
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