FRANCE LECTURE
 

 

 

 

     

 

 

 
   

 

   
       


 


 

 

 

 

 

 

 

 






 

  Tarzan et Bénédict
 
 Tarzan, mon vélo et moi

 
 Un chien me sauve la vie
 
   

 

Vers mes trois, quatre ans, alors que nous vivions mes parents et moi à Usumbura, mon enfance fut entachée par un événement tragique pour la petite fille que j'étais alors.

 

Mes parents venaient  de m'accoler depuis peu la compagnie d'un grand bouvier des Flandres. C'était un animal fier aux longs poils noirs et bouclés, et sa corpulence imposante doublée d'une voix rude n'eurent aucune difficulté à maintenir très vite le voisinage à distance respectueuse.

Ayant reçu depuis peu un vélo à trois roues, j'aimais passer des heures entières à zigzaguer gaiement sur les chemins poussiéreux menant à la maison.

Pendant ce temps, Tarzan, mon nouveau compagnon de jeu à quatre pattes, batifolait aux alentours tout en montant la garde et en gardant un oeil attentif sur mes incessantes allées et venues.
Or, un après-midi, alors que mes parents étaient à l'intérieur et que je dévalais l'allée pentue qui menait à notre demeure africaine, mes pieds perdirent soudain le contact avec les pédales du tricycle et l'engin, déséquilibré, brinquebalant en tout sens, m'élança contre mon gré et à toute vitesse en direction de la grand-route toute proche.

Tarzan, alerté semble-t-il par ma situation précaire et flairant le danger, ne fit ni une ni deux et fila comme une flèche à ma poursuite.
C'est à ce moment-là que les choses se corsèrent...
Engagée au beau milieu de la route, je vis, effarée, un énorme poids lourd qui fonçait vers moi à tombeau ouvert. Mon sang se glaça. Je n'avais plus le temps ni d'avancer ni de reculer. J'étais bel et bien prise au piège de ces quelques secondes qui me séparaient de l'horreur...
J'aurais voulu crier ma détresse, appeler mes parents à l'aide, mais je restai sans voix. Et puis à quoi bon? il était déjà trop tard, le bolide allait se jeter sur moi dans un instant. Personne ne pourrait l'en empêcher.

   

Mais c'était compter sans Tarzan qui avait suivi toute la scène.
Mu par je ne sais quel instinct de protection à mon égard, il bondit soudain sans l'ombre d'une hésitation pour venir s'interposer entre moi et le gros camion, faisant de son corps le dernier rempart pour me protéger.
L'instant suivant, hurlaient à mort les puissants freins du camion. Mais le choc était inévitable. Les freins, même poussés à fond, ne purent l'empêcher, et l'impact, extrêmement violent, projeta Tarzan à plusieurs mètres de là sur la grand-route.

Pétrifiée par la peur et la vue soudaine de mon chien ensanglanté, je restai comme clouée sur place avec une seule envie : celle de pleurer toutes les larmes de mon corps.
Le chauffeur qui avait bondi de son véhicule vint illico à ma rescousse. Soulagé, il constata que je n'avais pas la moindre égratignure, le camion assassin s'étant arrêté à quelques centimètres de moi.
Mais il n'en était pas de même pour Tarzan qui gisait là, non loin de nous, l'arrière train broyé par le choc et les roues du véhicule.
Ni le malencontreux chauffeur ni les quelques personnes ameutées par le crissement des pneus et les cris de l'animal meurtri ne pouvaient plus lui être d'un grand secours. Tarzan, avec son corps désarticulé, était bien mal en point.

Mes parents, alertés par tout ce ramdam, accoururent sur les lieux de l'accident et après avoir constaté avec soulagement que j'étais saine et sauve s'en allèrent bien vite ramasser notre chien avec précaution.
On le rentra à l'intérieur pour le soigner du mieux que l'on pouvait.
Tarzan nous gratifia d'un regard penaud comme s'il voulait s'excuser de cet accident stupide. Nous étions ses amis, toute sa famille, et il nous aimait comme seul un bon chien peut s'attacher à ses maîtres.
Mais son acte de bravoure allait lui coûter la vie. Malgré les soins du vétérinaire, le pauvre succomba de ses blessures quelques jours plus tard nous laissant dans le coeur un trou béant...

Mes parents évoquèrent souvent par la suite cet épisode douloureux de notre vie en Afrique. Quand ils en parlaient, c'était toujours avec la larme à l'oeil et avec un sentiment de vraie reconnaissance pour ce chien qui m'avait sauvée in extremis d'un redoutable accident.

Je ne peux que déplorer ce véritable drame et je repense encore parfois à mon chien avec le même chagrin qu'autrefois.
En tout cas, je lui dois une fière chandelle et je le remercie une fois encore infiniment pour son courage et son abnégation face au danger. Sans lui, sans son interposition héroïque, je n'aurais peut-être pas été en mesure de vous écrire ces quelques lignes à son sujet...
 

A mon bon et brave Tarzan, avec toute ma gratitude.
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